| Ordell Robbie | 4 | Le Grand Duel. |
Avec son Miyamoto Musashi, KATO Tai démontre qu’une vision artistique suffisamment singulière peut rendre un film grand en dépit de travers liés à son matériau littéraire d’origine. NOMURA Yoshitaro scénariste peut déjà être loué pour avoir su condenser en 2 heures trente un matériau sérialisé de façon interminable par INAGAKI et UCHIDA.
En reprenant la trame grotesquement mélodramatique d’origine, le scénario propose une vision de Musashi encore plus nihiliste que celle de l’excellent dernier volet d’UCHIDA. Musashi est montré comme un type qui faute de gloire militaire va se transformer en samouraï sans maître et faire sa gloire comme machine à tuer. De ce point de vue le passage le plus saisissant est le duel avec un gamin que Musashi ne se gênera pas pour décapiter avant de trancher les adultes façon Babycart. Et le film s’achèvera sur le constat d’une interminable fuite en avant dans la violence sabrée. A côté de ça les adversaires de Musashi crèveront de leur excès de confiance et surtout de leur désir de battre Musashi en respectant les règles traditionnelles du combat. On jubile aussi en voyant CHISHU Ryu loin d’OZU en moine bouddhiste sadique et immoraliste. A côté de ça le personnage de l’amoureuse de Musashi est saoulant d’hystérie tandis que les vociférations de la grand-mère vengeresse cassent les oreilles. Sans que ce mélo de plomb lié au matériau d’origine ne coule le film.
C’est qu’il y a ces gros plans de regards léoniens, ces plans rapprochés chaotiques évoquant le travail de KATO Tai sur la série de la Pivoine Rouge, ces grands angles et ces contrastes wellessiens entre avant et arrière plan qui soulignent le grotesque de l’univers féodal du film et ces caméras à l’objectif placé légèrement sous l’eau plaçant les personnages au milieu de l’agitation des éléments. Saisissante est aussi l’accélération du récit par des combats vignettés, de même que l’utilisation à ce moment-là de la combinaison de la voix off et d’un split screen explicatif pour détailler la stratégie de Musashi lors de l’un des combats. Et tous les combats sont découpés avec brièveté à l’opposé des velléités épiques d’INAGAKI et UCHIDA.
Un sommet formaliste de KATO Tai et un volet moins parfait mais tout aussi puissant que le Miyamoto Musashi : Duel à mort d’UCHIDA.

